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Manga : 20th Century Boys (22 volumes) et 21st Century Boys (2 volumes) de Naoki Urasawa

Je me connais oui, en effet, j'ai la fâcheuse habitude d'utiliser à tort et à travers nombre superlatifs, emporté par l'enthousiasme de tel film ou tel jeu. De plus, sur ce blog, je parle bien plus volontiers d'oeuvres qui me marquent que d'immondes bouzes. Si on m'écoute la vie est belle, les oiseaux chantent, et la découverte de bien des objets culturels sont autant de claques à prendre. Là est tout le problème. Comment aujourd'hui vous parler de 20th Century Boys (et sa conclusion en 2 volumes 21st Century Boys, qui sera évidemment ici considérée comme faisant partie intégrante de l'oeuvre) ? Comment rendre honneur à ce manga incroyable au regard de la barre placée très haut dans mes divers dithyrambes ? Commençons déjà par vous affirmer, toutes proportions gardées, que de tout ce dont je vous ai parlé depuis le début de mon blog, cette BD fait partie des choses les plus essentielles que j'aimerai vous faire découvrir... peut-être même la chose la plus essentielle.

Japon, 1969, la petite bande de Kenji vit sa jeunesse sans grands soucis, entre l'école, les histoires de maisons hantées, les aventures jouées avec des pistolets à billes. Les enfants décident un jour d'officialiser leur groupe par la construction d'une "base secrète" faite d'herbes dans un terrain vague. C'est là que, portés par leur imagination, ils écrivent un "cahier des prédictions" expliquant comment ces justiciers en herbe pourraient contrecarrer les plans diaboliques des méchant voulant détruire le monde. Une histoire d'enfant, simple et plutôt maligne... peut être trop. Japon, 1997, tout a bien changé. Kenji presque fauché se voit tenir une épicerie avec sa mère, et garde depuis quelques années la fille de sa soeur. C'est à l'occasion des funérailles de Donkey, l'un des leurs, que la bande se réunit finalement, se remémorant le bon vieux temps. Kenji se rappelle alors un symbole particulier qui représentait leur bande... ce symbole fut envoyé par Donkey juste avant sa mort. C'est avec effroi que la bande réalisera alors que les prédictions de leur cahier se voient concrétisées les unes après les autres. C'est en retrouvant tout leurs anciens camarades et en cherchant dans leur mémoire que Kenji et ses amis découvriront qui est derrière tout ça, et peut-être, pourront sauver l'humanité d'une destruction imminente.

Déjà, on peut le constater, le point de départ de l'histoire est assez alléchant et original pour augurer quelque chose de sympathique. Mais c'est en ajoutant l'immense talent narratif de Naoki Urasawa (déjà auteur de Monster, un gage de qualité) que l'on peut sans retenue parler de chef d'oeuvre et je n'ai pas peur de dire que 20th Century Boys est sans conteste le meilleur manga traitant de l'avènement de l'apocalypse depuis le célèbre Akira (je parle bien évidemment du manga ici et non pas du film, bien souvent surestimé, les fans comprendront). Comparer 20th century boys au chef d'oeuvre de Katsuhiro Ōtomo. "Rien que ça ?" me direz vous. Eh bien je n'invente rien. Ce manga a déjà reçu les honneurs critiques et publics qu'il méritait, preuve en est : prix Kodansha du meilleur manga 2001, prix du meilleur manga Shogakugan 2003 et prix de la meilleure série au festival d'Angoulême 2004. Déjà vous pouvez être plus sereins et confiants. Alors concrètement, quels sont donc les secrets qui font d'un manga sympathique un chef d'oeuvre éternel ?

La narration d'abord, très maligne, plaçant de nombreux mystères à élucider tout du long et jusqu'à ses dernières pages. L'ensemble de l'oeuvre virevolte entre différentes époques, passant à loisir en 1969, en 2000, en 2015, etc... La déchronologie qui pourrait paraître confuse au premier abord est en fait un bijou de maîtrise narrative. Tel événement dans telle époque retrouve ses origines dans les précédentes, tel souvenir de 1969 refait surface pour la compréhension de ses conséquences plus tard. Le passage d'une époque à l'autre se fait alors sans artifice (genre fond de page noire pour un flash-back, pas de ça ici), brut de décoffrage. Déstabilisant au début, l'histoire se voit tellement bien structuré et ses personnages si cohérents que le rythme effréné des "bonds dans le temps" ne gâche pas une seule seconde la lecture. C'est impressionnant. L'auteur se permet même, par le biais d'un simulateur de réalité virtuelle sophistiqué dans les époques les plus avancées, de faire se croiser les personnages de 1969 et de 2015, afin de chercher de manière immatérielle des réponses à leurs questions, en totale interactivité avec les avatars en mémoire. Le thriller se construit, haletant, dans la résolution de questions primordiales. Rien n'est mis définitivement à la trappe, et telle question mise de coté trouvera sa réponse une dizaine de volumes plus tard (par exemple, qu'a vu Donkey dans la salle de Biologie en 1969 ? ... un mystère qui ne trouve sa résolution que tardivement, mais indispensable).

Pour définir le genre de 20th Century Boys, évidemment c'est un énorme thriller, bourré de mystères qui vous tiendra en haleine du début à la fin. Pourtant cela ne se résume pas à ça, d'où certains éléments de fantastique (les pouvoirs de prémonition de "Dieu", un clochard medium, et le doute sur les pouvoir psychiques de certains personnages), et autres éléments de science-fiction (le simulateur, le robot géant) qui ne nuisent en rien la cohérence de l'ensemble, utilisant très très peu le Deus Ex Machina. Le livre offre même des axes de lectures très complets et discrets sur la naissance et le fonctionnement d'un pouvoir totalitaire, le pouvoir des sectes, le rapport entre la réalité et l'artifice, le pouvoir de la musique sur les consciences (vive le rock des années 60-70), etc... Ce n'est pas une oeuvre légère ou facile en soi, même si sa lecture est très agréable et très peu prise de tête (pourrais-je reprocher au magnifique Death note des passages assommants et des textes longs comme une journée sans pain, qu'ici je ne le pourrais pas). Sa relecture ne sera pas une gageure, même en en connaissant toutes les clés. C'est tellement bon.

Et l'élément qui fera la différence et qui justifie à lui seul l'achat de la collection complète, c'est la caractérisation maniaque des personnages que nous offre Naoki Urasawa. Déjà ils sont nombreux et détaillés. Leur psychologie est identifiable (et identifiante) sans forcement verser dans la caricature facile. Tous sont magnifiques et attachants, tous ont des motivations cohérentes (gentils comme méchants). Le manichéisme de l'enfance se retrouve bien souvent balayé à l'age adulte des personnages. D'ailleurs le fait de voir ces héros magnifiques grandir, évoluer, vieillir, apporte un attachement à chacun d'eux, sans effort. Vivre de l'intérieur la mutation d'enfants à adultes offre même des séquences impressionnantes de nostalgie. Comment ne pas avoir les larmes aux yeux face à la détresse de chacun d'eux, sachant les épreuves qu'ils ont vécues par le passé, les "gentils" comme les "méchants". Ce côté mythologique (car l'on voit finalement la naissance de héros sauvant l'humanité) fait beaucoup pour le manga. Et cela va bien au delà que n'importe quel autre manga que j'ai pu lire à ce jour.

Et quelle belle coïncidence, une fois la lecture achevée et le besoin irrépressible de vous en parler activé, je trouve par des recherches Internet fructueuses une info de taille qui m'a directement excité comme une pucelle au bal des pompiers. 20th Century Boys va être adapté en film et sortira au Japon le mois prochain. Encore mieux, vu l'ampleur de la tâche, ils ont intelligemment décidé d'en faire une trilogie. Donc le premier arc parlera apparemment du "bain de sang de l'an 2000" (volumes 1 à 5), et comme un bonheur n'arrive jamais seul (si je veux !), une bande annonce a été mise en ligne. J'ai réussi à en récupérer une sous-titrée en français pour vous (merci qui ?), et le moins que l'on puisse dire, c'est que le projet semble extrêmement fidèle. Ca fait plaisir. Les personnages sont là, et vraiment ressemblants en plus (ahhh Otcho ! La classe !). Alors pour avoir un aperçu de l'ambiance générale de cette oeuvre magnifique, je vous invite à regarder la (longue, miam) bande-annonce. Mais je ne saurais trop vous conseiller de lire ce monument : une autre preuve, si besoin en était encore, que les mangas, ce n'est pas forcement des affrontements musclés, des super pouvoirs, des jeunes filles niaises et des hentais tentaculaires. C'est aussi des oeuvres qui prennent au tripes, intelligentes et qui font verser quelques larmes. Peut-être cela sera le cas pour vous aussi. Sincèrement, c'est tout le mal que je vous souhaite.





Avec le 21eme siecle en poche : Guile21

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# Posté le samedi 05 juillet 2008 13:00

Modifié le dimanche 06 juillet 2008 19:57

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