Serieux, je sais, je vais me repeter, mais "excusez moi de mon retard". Oui, désolé, encore ! Je vous avais promi cet article pour il y a deux semaines et ce n'est que maintenant qu'il debarque. Oui, c'est du foutage de gueule... et je ne vous donnerai pas les excuses habituelles (mon chien a mangé ma copie ! mon chat a chié dans le disque dur ! etc...), non. Pas cette fois. Pourquoi ? Parceque, comme le disais Pascal Vincent dans le rôle de l'aubergine : "je suis pile poil dans le thème !" (La cape et l'epée, episode je-sais-plus combien). Oui, car en bon procrastinataire (je ne sais toujours pas utiliser ce mot correctement), je remet beaucoup trop au lendemain. Ca me rapelle precisement quelqu'un qui avait les mêmes problèmes : Shaun.
Shaun. C'est un pote comme on aimerai tous en avoir : sympa, marrant, geek, pas prise de tête, serviable, et tout et tout... En fait Shaun est un gamin de 14 ans coincé dans un corps d'adulte. Et n'acceptant pas les responsabilités, il ne peut que constater au jour le jour les effets que cette attitude a sur sa vie : son meilleur ami un peu attardé qui profite pas mal de sa patience, son colloc qui lui pose un ultimatum, ou son beau père detesté qui est obligé de lui rapeller de penser à sa pauvre mère ! Autant de raisons d'aller se refugier dans son pub préféré, se vider la tête, ne plus penser à rien. Tout va bien quoi ! Jusqu'à ce que Liz, l'amour de sa vie, en aie assez de devoir le trainer comme un boulet. Car Shaun, c'est aussi un petit ami comme on s'en passerai : peu engagé, avachi, geek, sans ambition, pas attentif, et tout et tout... Cette rupture était precisement ce qu'il fallait à Shaun pour enfin se reveiller et essayer de mettre de l'ordre dans sa vie. A moins que ce ne soit cette etrange epidemie qui transforme la population londonienne en zombies antropophages...
Ah oui, vous n'etiez peut être pas au courant :
Shaun of the dead est tout de même à la base un film de zombie. Alors le mieux pour aborder le film et en apprecier ses specificités, c'est encore de voir le genre dans lequel il se definit. Mais ne comptez pas sur moi non plus pour vous faire un cours magistral sur les origines du film de zombies. Le sujet en lui-même est trop enaurme pour le traiter efficacement ici. On peut tout de même noter deux ecoles : le zombie classique (lent et peu reactif) et l'infecté (rapide et agressif, genre super-rage). Ensuite des subtilités surviennent, notament chez Romero, le pape du film de zombie, où des degrés divers d'intelligence, voire de position sociale, surviennent (rapellez vous les zombies du trés foutraque
le retour des morts-vivants 2 qui reclamaient carrement des renforts policiers pour obtenir plus à manger !). Ensuite, dernier point de subtilité, c'est la motivation générale du film : on trouve du trivial (fun ou horrifique et basta, type Zach Snyder dans
L'armée des morts) ou alors du serieux, où le zombie joue un rôle de catalyseur d'une thematique plus profonde (Romero, encore une fois, qui tire à boulets rouges sur plusieurs dereglements sociaux au fil de ses metrages). Et c'est sur ce point que
Shaun of the dead se demarque de ses aînés, et même de ses cadets.
Quid du zombie ou de l'infecté ? Simon Pegg (acteur principal et auteur du film) a eu l'occasion de s'exprimer de manière trés claire : "Les zombies ne peuvent pas courir ! On ne peut pas tuer un vampire avec un pieu en contreplaqué, les loup-garous ne peuvent pas voler et les zombies ne courent pas, c'est tout ! C'est une falsification qui nuit au cinema d'horreur classique" (publié sur le site "the guardian" dont voici
l'article pour les anglophones). Et pour ce qui est de la place sociale du zombie on y reviendra peut être dans un autre article (qui a été si justement proposé par Carole lors du sondage à l'origine de ce texte). Mais, plus important, est-ce que le film de Edgar Wright est un film fun et trivial, ou alors un film serieux et thematique ? Toute la beauté de la chose reside ici, car la reponse est clairement "les deux" ! 50/50, equilibre parfait entre comique de haute volée et thematique profonde (et exploitée de fond en comble). Je repète volontairement ce que j'ai pu dire dans ma critique facile :
Shaun of the dead n'est pas une parodie !
Shaun of the dead est clairement un des films de zombie les plus aboutis existant ! Sur mon echelle de valeur personnelle, il se classe deuxieme aprés
Le jour des morts-vivants de Georges Romero. Mais si d'aucun aura surtout retenu le coté gaudriole de l'affaire c'est parceque, il faut bien l'avouer, le film est à mourir de rire.
Simon Pegg et Edgar Wright sont des sacrés comiques. Il suffit de voir leur magnifique serie
Spaced pour bien comprendre les origines du film traité ici. Au delà des dialogues et des situation à l'humour polymorphe, la majorité des gags sont issus d'une utilisation jubilatoire de la mise en scène, tout comme le faisait
Spaced à l'epoque. En fait tout les champs d'experimentations sont exploités, du gag potache ("Non Shaun ! Je suis desolé !", Nick Frost, magnifique) à l'utilisation subtile du hors-champ (la micro glissade de Shaun, dans l'epicerie) en passant par la caracterisation des personnages (la mère de Shaun est réellement delicieuse en cruchasse naive), des effets spectaculaires au niveau des dialogues (voire le zapping de Shaun qui, virevoltant entre les chaines d'infos et autres emissions forme un discour cru et decalé sur la situation presente), ou encore des references appuyées (la mise à mort d'un des personnages, calquée sur
Le jour des morts vivants, mais en poussant le bouchon plus loin, d'où l'effet comique par le gore outrancier de la chose). Et n'oublions pas la presence fabuleuse du "Slapstick" qui nous offrira des morceaux de bravoure monumentaux, par exemple l'inenarrable gag de la palissade (pas vrai Melodie ? Desolé, Private Joke, je le ferai plus). Alors oui, on rit enormement, mais dans un respect religieux du sujet traité. Et en ça, on est trés loin de la parodie ZAZ ou du pastiche Mel-Brooksien (mais c'est quoi ce mot ?!?). Et resumer ce morceau de roi à une vaste blague serait passer à coté de l'essentiel. Serieux !
Car le plus interessant dans le film de Wright, c'est quand même l'inventivité de sa mise en scène. Déjà sur
Spaced (excusez moi d'y revenir mais merde quoi !) on sentait un elan creatif trés fort, au delà des nombreuses references à la pop culture (geek et cinephile en particulier).
Shaun of the dead temoigne de cet heritage. Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est foissonnant. Déjà d'un point de vue purement formel, on est dans le beau et le trés beau. La photo et la lumière sont impeccables et, si certains cadrages se demarquent franchement par leur composition, il est un point bien plus jouissif sur lequel Edgar Wright s'est surpassé : le montage. Alors là c'est un festival des bonnes idées ! Changement d'echelle de plan dans un mouvement camera, raccords de causalité bancals (à la fin de l'entrainement pour se faire passer pour des zombie "essayons tous ! Un, deux, trois !" et paf ! Mise en situation directe), plans sequence en mouvement (dont un repété deux fois, sur le même trajet, mais dans deux situations differentes !!!), ellipse temporelle en immobilité spatiale (quand Shan s'endort dans la cuisine... fascinant), acceleration en inserts (façon
Requiem for a dream, sauf sans le shoot de drogue), des raccords mouvement de camera en deconnection spatiale (si quelqu'un comprend ce que ça veut dire, le film en est plein), etc... L'utilisation de la musique dans une sequence est d'ailleurs magnifique : le passage tout en "Mickey-Mousing" de "don't stop me now" de Queen (ma scène préférée pour ceux que ça interesent). Enfin bref si c'est plutôt soigné, c'est surtout bourré d'idées jusqu'à la gorge ! Et dans le montage il est un element que le realisateur maitrise parfaitement : l'ellipse narrative.
Le rythme et la composition du film dans son ensemble repose essentiellement dans la gestion astucieuse de ses ellipses. Alors petit rattrapage, une ellipse est une coupe dans l'histoire qui nous envoie quelques instants (ou quelques années) en avant, l'espace d'un raccord. C'est une composante quasi omnipresente de tout film actuel (seuls des films "temps réel" s'en demarquent evidement), mais
Shaun of the dead entretient un rapport particulier avec cet element. Il peut être une simple acceleration narrative, pour passer d'une sequence à une autre, utilisation "normale" quoi. Mais aussi, elle sert ici au milieu d'une même sequence pour apporter des connections logiques drôles ou efficaces. Un exemple ? Un de mes gags préféré est basé sur cette figure de style : Shaun et Ed sont en train de dezinguer frenetiquement des zombies dans leur jardin et, sans aucune amorce de fin, une ellipse les projete brusquement dans le canapé (avec un Shaun aussi apathique qu'il etait hysterique une seconde plus tot). Le decalage produit est savoureux. Et beaucoup d'autres exemples (moins flagrants pour ceratins) emaillent le metrage. Au final, j'ai eu l'impression que le film se servait moins de la mise en scène pour creer des gags que, plutôt, se servir des gags pour amener de la mise en scene. Vous verrez que le prochain point est troublant en ce sens d'ailleurs.
L'autre grande force de
Shaun of the dead, ce sont ses dialogues. Je ne vais pas m'etendre sur leur aspect comique, mais sur leur réelle puissance evocatrice. La thematique principale du film, à savoir la quête de maturité de Shaun, se retrouve tout le long des dialogues. Ainsi, avec peu de moyens, sans trop appuyer, Simon Pegg et Edwar Wright touchent un coeur d'emotion innatendu : le monologue du beau-père de Shaun (dans la voiture), soutenus par la superbe interpretation de Bill Nighy (encore une fois, préférez la VO) ou alors la conclusion de Liz quand Shaun lui dit qu'il est un bon à rien : "Tu as essayé ! Tu as fait quelquechose, c'est tout ce qui compte"). Mais le fin du fin, c'est une petite figure de style audacieuse et franchement payante : en effet, beaucoup de dialogues sont répétés ou trouvent une resonnance à deux endroits differents du film. On part d'un running-gag ("got red on you !"), jusqu'à un decalage de situation (comparez les dalogues de Ed et Shaun quand le premier joue aux jeux videos, et quand plus tard l'autre devra affronter des zombies avec une arme à feu... miam quoi !), voire une reponse à un element mis en suspens : avant de tirer sur Pete, Shaun lui dit "I said : leave him alone !" ("Je t'ai dit de le laisser tranquille !"), en reponse au "leave him alone" lors du coup de gueule de Pete au debut du film. Donc vous l'aurez compris, les dialogues ici sont, à l'image du film, bien plus qu'un simple ecrin pour mettre en valeur l'humour.
Et pour finir, au delà de l'humour, de la belle mise en scène, des dialogues taillés au rasoir, ce qui fait que
Shaun of the dead est un authentique film de zombie digne de ceux de Romero, c'est le choix thematique. Deux axes principaux se degagent, et sont intimement liés. Le premier, déjà cité, est la quête de maturité de Shaun. Un analyse même peu poussée met en evidence le changement progressif de Shaun devant prendre les choses en main (ce qui se passe dans la voiture est à ce titre un symbole trés fort). Celà nous ramenne à son etat initial qui degage en partie une thematique plus profonde encore : le zombie. Le zombie n'est pas utilisé au hasard ici ! C'est bien plus qu'un catalyseur de l'action et de la redemption de Shaun. Le zombie est le symbole, le miroir même de la société contemporaine dans laquelle evolue Shaun (banlieusarde Londonienne, pour pas se prendre la tête). Parfaitement integré à l'apathie généralisée et le desiterêt pour le sort d'autrui. Regardez donc le somptueux générique du film : des zombies sont là, integrés à notre société, dans leur travail comme dans leur loisirs (les jeunes gens qui dansent, comme ces zombies de boites de nuit). Bref, la vie n'a plus aucune saveur, plus aucune motivation, nous endors litteralement, nous alienne. On rentre dans une routine, parfaitement exploitée dans la diegese ("on va au winchester !") comme dans la mise en scène (le fameux plan sequence en double). Le monde est si detaché des choses que, l'effet de surprise du chaos une fois maitrisé, on peut voir les zombies (les vrais) integrés à notre société (magnifique talk-show où une femme dit rester mariée avec son zombie de mari !).
Zombies au debut, zombies à la fin. La boucle est bouclée ! L'invasion n'a été qu'un soubressaut social qui s'est estompé en quelques mois. Tout redeviens normal, vide, mort... Mais ce soubressaut aussi anecdotique soit il à l'echelle mondiale aura au moins profité à une personne. Shaun une fois sa quête initiatrice achevée aura reussi à se decrocher de l'horreur du quotidien et devenir enfin adulte. Quoique... en bon geek, il gardera toujours cette part d'ombre en lui. Et ça, le dernier plan du film le dit : gagner à être adulte, mais ne pas perdre l'enfant qui est en soi. Conclusion d'un film resolument carré. Pour toutes ces raisons (et bien d'autres que je ne peux trop etendre ici), au delà des rires tonitruants qui ne gâchent rien, on peut l'affirmer :
Shaun of the dead est bien un des meilleurs films de zombies sortis à ce jour. Serieux !
Avec du retard comme d'hab : Guile21