1 - J'irai dormir à Hollywood de Antoine De Maximi
Que ceux qui ne connaissent pas la savoureuse serie de documentaires j'irai dormir chez vous sur France 5 se rassurent, je vous invite chaudement à aller sur le site officiel pour vous forger votre culture générale.Vous y trouverez des extraits d'emissions. Sinon, une simple petite recherche sur Youtube vous satisfera certainement encore plus (perso, j'ai adoré le Japon, mais ça n'ettonnera personne qui me connais bien). Pour le passage sur grand ecran, Antoine de Maximi en change pas une recette qui marche. Cameras embarquées (subjective et reflexive), plus une camera d'appoint au poing, il arpente les Etats-Unis d'Est en Ouest à la recherche de rencontres aussi fortuites qu'enrichissantes (ou divertissantes). Force est de constater que le road movie est efficace et bien rythmé. Les rencontres passent de l'original (la visite chez les amishs ou l'achat de la voiture avec ses deboires hilarants), au dramatique (rencontre dans le train d'un gars qui doit aller en prison, emouvant) en passant par un suspens trés inquietant (la visite des quartiers mal famés de la Nouvelle-Orleans bien flippante, ou un gars louche aux allures de Serial Killer). Bref on s'ennuie trés peu et la mise en scène, aussi limitée soit elle, repond bien aux attentes, avec une demystification bienvenue du medium dès le debut et à quelques exemples en cours de route (création d'une grue improvisée, accessoire mais marrant). Si la fausse naïveté de l'ensemblre pourra insuporter certains, et deux-trois sequences qui fleurent maladroitement l'amateurisme forcé (montage son où l'on entend en off des reflexions anterieures, quand Maximi cherche "interieurement" avec quelle star il devrai tenter sa chance), pour ma part tout est trés bien passé grace à l'energie et la cohérence de l'ensemble. Sous couvert de documentaire improvisé, De Maximi nous offre, dans un road movie efficace, un panorama fascinant des Etats-Unis, de ses minorités, le tout vu de l'interieur (presque) sans artifice. Galvanisant.
2 - 20th Century Boys de Yukihiko Tsutsumi
J'ai déjà pu m'attarder sur le manga fleuve de Naoki Urasawa en ces pages, donc pas d'excuses, vous devez savoir de quoi je parle. Une attente febrile m'aura accompagné depuis l'annonce de l'adaptation de cet ultime "page-turner" et la peur du ratage itou. Alors, enthousiasme ou deception ? Disons mitigé. En principal point noir qui entache le plaisir du visionnage, une mise en scène vraiment indigente qui cumule les bourdes : acteurs calibrés sur le mode "drama japonais", dialogues peu dynamiques, photo et direction artistique au rabais (à part pour les scènes de flashback, trés belles), intrigue qui prend un peu trop son temps à demmarrer, peu d'impact sur certains points primordiaux, ... bref les 30 premières minutes m'ont grandement refroidi. L'adaptation est fidèle, à la limite de la maniaquerie, syndrome Sin City avec reprise de sequences case par case : mais là ou le roman graphique trés dynamique de Miller se pretait à une vision trés cinephilique, le manga de Urasawa aurait amplement mérité une adaptation moins impersonelle. Mais ce serait injuste de jeter les pierres et ne pas souligner les qualités du metrage. Outre le scénario qui tiendra en haleine les nouveaux venus (et satisfera par sa fidélité maniaque les fans du manga), certaines experimentations dans la mise en scène, aussi maladroites soit elles, donnent un peu de chair à se mettre sous la dent (je pense principalement à la scène de meurtre d'une star, la première "rupture", trés experimentale). Et la surmultiplication des angles de vue (les dialogues dans la superette sont etourdissants, dans le bon comme le mauvais sens du terme) evite les sempiternels couloirs de champ contre-champs qui auraient definitivement fini de plomber le dynamisme de l'ensemble. Alors la meilleure chose à faire, je pense, est encore de voir la chose par vous même et profiter d'un scénario haletant qui malheureusement frustrera ceux qui ne connaissent pas la suite. Rendez-vous pour le deuxieme volet de la trilogie pour avoir, enfin, quelques reponses. Et si vous n'avez pas la patience, un conseil utile : lisez les livres !
3 - L'ange exterminateur de Luis Bunuel
Sans m'attarder sur la periode mexicaine dans laquelle s'inscrit ce film dans l'ensemble de l'oeuvre du cineaste surréaliste (parce que n'ayant qu'un regard limité sur la filmographie de l'artiste, restons honnêtte et parlons de ce que l'on sait), il est possible de parler tout de même de ce chef d'oeuvre singulier tel qu'il m'a été présenté : moment detente devant un film bien chiadé. Et bien chiadé, on peut dire qu'il l'est. L'ange exterminateur parle d'une reception mondaine chez un couple bourgeois qui tourne au drame quand les invités se decouvrent dans l'impossibilité irraisonée de sortir du salon dans lequel ils se trouvent, salon qui reste completement ouvert au demeurant. Le monde exterieur lui se trouve dans l'incapacité de rentrer dans la propriété aux grilles grandes ouvertes. Sur ce pitch bizzare (en même temps je vous parle de surréalisme, hein, pas du dernier Clint Eastwood) se greffent des thematiques savoureuses et principalement une vision critique sur le masque de la bienseance, et même sur l'ensemble des codes sociaux qui regissent notre monde. Les derapages du réel puisant dans les déjà-vus de la première partie (un regal, epoustouflant), les images improbables (les pattes de poulets dans le sac à main... qui trouvera une explication simili-logique plus tard, incroyable) et les sequences de "rêve" ou de "folie" dans la dernière partie (quel enjeux plastiques et thematiques dans la superbe sequence de la main, j'ai encore du mal à m'en remettre). La mise en scène est d'un dynamisme fou, privilegiant des mouvements de camera quasi-omnipresents (de tête, je n'ai pas du voir plus de 10 plan fixes dans le film, Michael Bay avant l'heure quoi ! J'aimerai que Michael Bay en fasse un remake... ouaiiiiiiis, avec du sang et des explosions... mais je m'egare) et des mouvements sceniques riches (combien de discutions discretes surprises par un personnage en arrière plan !). Il y a tant à dire et à voir dans ce film, tant d'axes de reflexion, que cent petits billets comme celui-ci ne suffiront evidement pas à epuiser la chose. Regal plastique ajouté à cette "douce folie furieuse" du surréalisme, il ne m'en faut pas plus pour jubiler... et pourtant Bunuel m'a comblé en allant un poil plus loin dans sa conclusion, d'un anti-eclesiastisme tellement fort et virulent, avec ce dernier plan estomaquant, que je n'ai pu m'empecher d'eructer des rires incredules de joie. Un pur moment de cinema !
4 - U.S.S Alabama de Tony Scott
Moi, Tony Scott, je ne suis pas fan. Mais je ne connais pas bien le bestiau non plus. Mon trés mauvais souvenir du clipesque et creux Domino m'ayant refroidi de creuser plus loin. Mais aprés avoir apris que ce monsieur avait réalisé un des films qui a bercé mon enfance (le dernier samaritain, quelle douce enfance, en effet) et que le tacheron était plus multi-tache que visionnaire bancal, il fallait moderer son propos et ouvrir son esprit. Alors voici U.S.S Alabama, huis-clos sous-mariniesque (si je veux), sous couvert de guerre froide, qui pose la question du rôle et des responsabilités de la hierarchie (en gros). Sachez que le visionnage du film s'est fait totalement par hasard, en tombant dessus à la télé (ça arrive). Quand un film est mauvais en général, je zappe vite, mais pour l'occasion je n'ai pas pu m'empecher de regarder la chose jusqu'au bout. Pourtant le filmm n'a pas grand chose pour lui. La mise en scène est fonctionelle au possible, et les thematiques, si elles sont interessantes, ne sont pas creusées trés loin pour laisser place au suspens et au jeu d'acteur. Et c'est ce qui fait la force du film. Le huis-clos est tenu de bout en bout par une dynamique trés forte et des acteurs principaux concernés (Denzel Washigton et Gene Hackman offrent des face à face excellents). Les scènes "d'action" ("oh non, on coule ! lol") ponctuent la chose et evitent le ventre mou. Bref un film pas transcendant mais assez divertissant pour vous tenir la soirée. Pas particulièrement passionné par les histoires de sous-marin, ça m'a donné envie d'en voir plus. Le huis-clos et le contexte militaire sont deux thematiques qui m'interessent beaucoup. Dans l'espoir de voir un film meilleur que celui-ci, plus rentre dedans et moins consensuel (la fin est vraiment trop molle, avec un happy-end agaçant), je suis à l'ecoute si vous avez des conseils à me donner. Je n'ai pas encore vu A la poursuite d'Octorbe Rouge ça donne quoi celui là ? ...
5 - Matrix de Larry et Andy Wachowski
Seance de re-re-re-re-re-re-re-re-re-(etc)-visionnage, à l'occasion d'une seance de rattrapage imposée à ma cousine, pour ce monument de la science-fiction. Tout le monde ne sera pas d'accord je sais, mais Matrix reste pour moi un vrai regal à chaque vision. Passé la direction artistique qui vaut bien plus que ce que ses suites en ont laissé (ainsi que les nombreuses parodies du "bullet time") et les scènes d'actions diablement efficaces (merci Yuen Woo-Ping, encore une fois), il reste une richesse thématique renversante qui, si elle ne creuse pas toujours les concepts qu'elle propose, offre un veritable mille-feuille d'axes de lecture. De la caverne de Platon aux theories deterministes, en passant par le nouveau testament et la remise en question de la réalité, l'ensemble du film atteint une cohérence dans son patchwork qui confine au génie. Veritable jeu à point de références (cinephiles, litteraires, philosophiques et culturelles), il offre en plus un spectacle de taille avec un climax final qui culmine au plus haut avec pas moins de vignt minutes d'action non-stop. Action d'une efficacité redoutable et thématiquement riche en plus (révision de "la voie du guerrier" à prevoir). Et Keanu Reeves a rarement été aussi juste que dans ce rôle, ce qui en soi est un bon argument de vente... pour ma cousine en tout cas ;)
Toujours de la diversité, du bon, du moins bon, du clash, de l'extreme,... mais pour le gros de la chose, je vous propose de lire ma grasse critique de Steak qui à la fois devrai faire taire ceux qui ne voient en moi qu'un sinistre critique aigri (j'ai du mal à la digerer celle là, lol), et par le même mouvement detruire certainement le reste de crédibilité que j'avais aux yeux des spectateurs lambdas. Mais je m'en fous, c'est comme ça, et pis c'est tout !
Avec la traversée des Etats-Unis du vingtieme siecle aux coté de l'ange d'Alabama virtuel : Guile21