Dans ma grande passion pour les films d'actions, certainement mon genre de predilection, il faut savoir differencier les diverses categories de film pour pouvoir en apprecier tout les aspects. Ainsi, on ne peux aprecier de la même façon un film de kung-fu Honk-hongais, un thriller futuriste à l'americaine, le film d'aventure "à la Indiana Jones", le film trash et decadent à la Bad Boys (dont le meilleur exemple recent pour moi est Hyper Tension, un film que je vous conseille et dont je vous parlerai certainement prochainement). On peut aimer Matrix pour ce qu'il propose au delà de la scène d'action, et faire l'impasse sur le scénario insipide d'un film de Sammo hung pour n'y voir qu'un "film / numero de cirque". En effet, pour amorcer la critique de ce morceau de choix qu'est Shoot'em up, il faut se laisser entrainer par ce que propose le film. Dès la scène d'intro, le ton est donné, et il est d'emblée demandé de mettre de coté le scénario prétexte et la vraissemblance pour se laisser porter par un film dit de "spectacle total" à l'ambiance plus comics que chronique sociale. Donc si le film d'action decérébré n'est pas votre trip, laissez tomber tout de suite shoot'em up, il ne risque pas de vous laisser un souvenir imperissable.
Pour ma part j'ai passé un moment delicieux en compagnie de Clive Owen, charismatique en anti-heros, reprenant à peu de choses prés le même ton que son jeu dans Sin City. D'ailleurs pour rester dans sa filmographie, il est amusant de le voir cantonné au rôle de baby-sitter musclé, aprés le somptueux Les fils de l'homme. Car oui, il est encore question ici de sauver un poupon voué à une mort certaine. La maman étant trés vite expediée, c'est au milieu des balles que le bon samaritain va devoir proteger le bébé, fan de hard rock pour l'occasion. Poursuivi par un Paul Giamatti terriblement bien dans son rôle de mechant de serie B, et accompagné par la belle Monica Bellucci qui avec sa beauté froide se trouve toujours bien dans un rôle de femme forte, même si quelque peu eclipsée et absente au milieu de cet univers masculin, voire machiste. Et ce thème testosteroné et homosexuel nous rapproche inevitablement de la principale source d'inspiration du realisateur qui, soulignons-le, a ecrit le scénario du film, preuve en est que ce film est un film personnel et sincère.
La principale source d'inspiration est, sans aucun conteste, la fastueuse periode Honk-Kongaise de John Woo. Chow-Yun Fat portait déjà un bébé au milieu des coups de feu dans A toute epreuve. D'ailleurs, celà faisait depuis 1992, et ce mythique A toute epreuve (considéré par beaucoup comme le polar Wooien ultime, pour ses scènes d'action) que l'on avait vu des gun-fights et des mexican stand-off aussi inventifs et maitrisés. La scène d'intro est un parfait exemple de l'utilisation de l'espace, comme un terrain de jeu à exploiter au maximum. Tel un Jackie Chan, utilisant des armes à feu à la place de ses poings, Smith utilise tout les éléments à sa portée pour arriver à la victoire, et c'est cette inventivité constante qui rejouit et fait le sel du film, dont les scènes d'actions sont (miracle) parfaitement lisibles, et bien spatialisés. La photographie elle aussi fait des merveilles (même si elle se trouve beaucoup plus interessante dans les scènes de nuit ou de
penombre, verdâtres, que dans le jour un peu blafard).
Finalement, Shoot'em up est un film qui porte bien son nom et dont la note d'intention est claire : monter le film comme un jeu video avec ses scènes de bravoure entrecoupées de cinematiques, offrir des experiences de scènes d'actions qui tiennent en eveil tout en n'oubliant pas les tics du film d'action de serie B à savoir ambiance glauque et punchlines constantes et surréalistes (voir Clive Owen aprés avoir effectué un gun-fight tout en faisant l'amour à la belle Monica se fend d'un magnifique : "C'est ce qui s'apelle tirer un coup !"). Un film d'action conçu comme un film porno, offrant de manière primaire ce que le public veut, et se foutant des règles de bienscéance et d'ecriture élémentaire. L'absence de scénario se retrouve tout de même contrebalancé par des personnages charismatiques (Smith a une facheuse tendance à perdre la boule devant la moindre situation agacante, et le mechant est constament harcelé par sa femme, solicitant sa presence au goûter d'anniversaire de son fils). Les idées fusent comme les balles, et c'est trés loin d'être une resucée de tout ce que le cinema d'action nous a offert depuis les années 90. Une résurection ? Peut être pas. Mais un film qui vise juste ? Assurement.
Avec un deuxieme trou de balle : Guile21