Parlons cinema, pour changer (changer de quoi ? c'est que le 2eme post). Il fût un temps où ma marotte était de lister les films m'ayant le plus plu ou le plus marqué. Mes films préférés étaient calés dans une liste de 50 titres, classés par préférence. Bien entendu je manipulait cette liste régulièrement, la tenant à jour aprés avoir vu de ouveaux films, ou en ayant revus des films que j'aimais et qui accusaient de plus en plus le temps. Mon film culte a longtemps été "une balle dans la tête" de John Woo, à présent on ne le retrouve même plus dans le top 10. Les temps changent, je change, et ma vision du cinema change au fil des visionnages et autres.
A l'heure d'aujourd'hui, je n'ai plus le courage de lister 50 films, et, par soucis d'authenticité, reduire ce choix à 10 films me semble être une alternative moins fatiguante et surtout plus judicieuse. Avec des places limitées, on ne fait pas rentrer n'importe qui. Voici donc actuellement la tendance de mes préférences cinematographiques, en partant de la fin.
10 - Hana-bi de Takeshi Kitano
Grand fan de Kitano, je ne pouvait me permettre de ne pas citer son film le plus abouti et le plus emouvant. L'été de kikujiro semble plus joyeux, mais il n'y a pas plus bel hymne à la vie que ce fameux "feu d'artifice". Le voir à la dixième place peut parraître peu flatteur, mais Blow out, Pulp fiction, Usual suspects, L'enfer des armes et autres se bousculent au portillon.
09 - Mulholland Drive de David Lynch
Ne connaissant que trés peu l'oeuvre de Lynch (lacune qui ne sera bientôt qu'un souvenir), c'est avec circonspection que je me jetta dans la gueule de cet ovni qu'est Mulholland Drive. La mise en scène est fabuleuse et aucun plan n'est gratuit. Autant comme oeuvre sensitive, avec des thèmes sur la perception de la réalité ou le monde du spectacle ; autant comme scénario maitrisé une fois la diégese claire (merci le documentaire de canal+). Il reste encore des zones d'ombres à, excusez moi du peu, ne pas eclairer. Un bonheur.
08 - Orange mecanique de Stanley Kubrick
Fan de Kubrick, il est difficile de faire un choix tant l'ensemble de son oeuvre est marquée par la perfection. J'ai un amour inconsidéré pour Docteur Folamour, mais il n'y a pas eu de choc aussi brutal que ma rencontre avec Orange mecanique. Un film intelligent, qui se trouve être plus violent psychologiquement et idéologiquement que les images brutes qui ont tant choqué à l'époque. Un film subversif formidable.
07 - Une place au soleil de Georges Stevens
On se permet un petit detour dans les années cinquantes pour le plus grand chef d'oeuvre du pathetique. L'opposition Nature/Culture que l'on retrouve en général dans les histoires romatiques (voire dans l'ensemble du cinema americain et mondial) se voit detourné, retourné comme une chaussette, mettant en exergue un heros miserable, une histoire sordide, le tout servi par une mise en scène impecable. C'est moralement insoutenable. Un film qui n'a l'air de rien comme ça, mais réellement inquiêtant.
06 - Fight Club de David Fincher
Oui, je sais, tout le monde ne sera pas d'accord pour placer le film nihiliste de la fin du XXème siecle pour un chef d'oeuvre du cinema. Il n'empêche que les digressions continuelles, la photographie, le scénario tendancieux et les effets de manche (d'un point de vue de la mise en scène) de sieur Fincher ont su me seduire. Un film indispensable à mon avis, symptomatique de la société antropophage actuelle, que je rapprocherai avec delice de mon livre préféré : 99 Francs. (mais je doute que le film adapté sera dans la liste de mes films préférés... on en reparlera).
05 - Old Boy de Park Chan Wook
Le film le plus recent de ma liste, qui a su faire une entrée fracassante dans le top ten la première fois que je l'ai vu, choix confirmé encore et encore à chaque vision. La mise en scène, léchée, à la limite de l'experimental par moments, et le scénario fortement violent et inhumain renvoie à des thèmes encore plus durs et complexes que le simple film de vengeance à tirroir. Et pour le "happy end" le plus triste qu'il m'ait été donné de voir, le voilà à une place bien méritée.
04 - American Beauty de Sam Mendes
Je ne suis pas un farouche defenseur des films oscarisés (même si Une place au soleil a eu son lot de reconnaissance), mais là, on parle d'un choc. Film que j'ai decouvert dans une periode particulière de ma vie, fatalement m'a fait pleurer devant mon ecran. Une deuxième vision pour en être sûr, et voici les larmes qui reviennent. Le thème du faux-semblant, et des apparences à sauver à tout prix (magnifiquement symbolisé par cette assiette du 3ème Reich) m'ont porté encore au delà de la tristesse et de la mélancolie qui habite ce film. Je ne remercierai jamais assez Kevin Spacey pour son jeu dans ce chef d'oeuvre.
On arrive au top three... vous attendez vous à du lourd ? J'ai pire avec :
03 - The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman et Richard O'Brian
La comedie musicale culte, injustement taxée de nanar par des nuées d'ignorants. Un film volontairement ridicule, outrancier, bouffon avec un message clair tenu de bout en bout : "Don't dream it, be it". Une oeuvre drôle, sous acide mais qui ne sacrifie pas à la gaudriole et à l'absurde, une mise en scène signifiante (formidable scène d'introduction, avec la demande en marriage synonyme trés clair d'enterrement). La prestation charismatique en diable de Tim Curry, le message sur la liberté sexuelle, la musique tendance rock et l'hommage juste aux films de SF des années 50 ont fini de me prendre au coeur.
02 - Les anges dechus de Wong Kar Wai
Voici pour moi le film d'amour ultime. Comment, d'un film enonçant une somme d'idées plus pessimistes et défaitistes les unes que les autres à propos de l'amour, l'oeuvre la plus optimiste qui soit. Une scène suffit, une phrase suffit. La mise en scène un peu clipesque de Wong Kar Wai se voit sublimée par une histoire passionante et des acteurs trés charismatiques. (Bon d'accord, ils fument enormement dans le film, mais il faut y voir un symbole...). A chaque vision, encore aujourd'hui, un pincement au coeur me vient à la fin, et celà fait plus de 6 ans que je le connais.
01 - Les sept samourais de Akira Kurosawa
Il parraît que beaucoup de réalisateurs le considèrent avec Citizen Kane comme le plus grand film de tout les temps. Le retrouver au sommet de mon top n'est qu'une coincidence pourtant. Quel film, quelle maitrise ! Combien de fois devrais-je le regarder pour en deceler toute les subtilités ? Sur un pitch formidable, une construction precise (en 3 temps), des acteurs excelents (mention speciale evidement à Toshiro Mifune), une mise en scène parfaite et maitrisée, Kurosawa nous livre une vision romantique du samourai, emouvante par moments, brutale par d'autres. Je ne peux dire tout ce qui m'attire et me passionne dans ce film, mais pour anecdote, la premièrefois que je l'ai vu, aprés 3 heures de visionnage intense, et ce malgrés la fatigue... je rembobinait la cassette (pas de DVD à l'epoque) et m'elança dans une seconde vision qui ne fit que confirmer ce que je savait déjà : c'est le plus beau film que j'ai pu voir.
Et pourtant j'aime DePalma, Tarantino, Jackie Chan, Tsui Hark, John Woo, David Cronenberg, Steven Spielberg (pas original, mais il en a fait des bons films quand même), Georges Romero, Mamoru Oshii, Hayao Miyazaki, Brad Bird, Terry Gilliam, Michael Mann, et tellement d'autres que j'oublie...
... et j'aime à imaginer qu'il existe tant de films que je n'ai pas vu qui auraient leur place dans ma liste. Vivement le prochain.
La prochaine fois, on parlera des films que j'ai detesté, ça defoule.
Avec les yeux fatigués : Guile21