En ce moment ça bouffe du film mes amis ! J'ai du mal à tenir le rythme. Après mon billet sur
Hyper Tension il y a quelques jours, je me suis promis de calmer un petit peu mes ardeurs niveau écriture de critiques, quitte à mettre de côté des films qui m'ont bien plu. Je voulais écrire une petite rubrique de critiques faciles (c'est marrant et c'est facile), mais bon, des fois on ne choisi pas les films. Des fois ce sont les films qui vous choisissent. Même si je voulais le voir ce
Postal, avec une impatience et des attentes fébriles, même si j'ai choisi consciemment de le voir, j'étais loin de me douter ce qui m'attendais au tournant. Après le choc qu'a été le visionnage, je ne pouvais décemment pas laisser ce film de côté, ni même lui accorder un billet minuscule dans une rubrique qui ne lui siérait pas. Des surprises comme celles là, ça ne s'oublie pas. Attention, film culte en puissance.
Paradise city : un endroit féerique. Enfin pas si féerique que ça pour le "dude". Looser caractérisé, dominé et rabaissé par son obèse de femme, vivant dans une caravane au beau milieu d'un parc miteux, persécuté par son voisin, par des voyous, par des fonctionnaires trop attachés à leur pause café, etc... un jeune homme fauché, stressé, désespéré. Il veut quitter cette ville. Pour se faire des sous rapidement il décide d'aller voir son oncle, devenu maître gourou d'une secte à tendance Raëlienne (et donc accessoirement lupanar personnel), et organise avec lui un vol de peluches très demandées, et en rupture de stock pour l'aubaine. Mais ces mêmes peluches ont été piégées par des intégristes Islamiste avec un virus bien dangereux. Et ils sont évidemment capable de tout pour les récupérer. Comment ne pas devenir "Postal" dans une telle situation ?
Avant d'attaquer le coeur du sujet, je vous propose de découvrir l'envers du décor. Il vous faudra connaître les tenants et les aboutissants de ce film pour bien en apprécier toute la saveur. En commençant par son réalisateur, ce teuton d'Uwe Boll. Je ne peux vraiment juger du travail de l'artiste,
Postal étant le premier film que j'ai eu le plaisir de visionner de sa part. Mais la mythologie autour de ce personnage est singulière. Uwe est un faiseur de films, avec des budgets plutôt confortables, s'étant mis en tête de baser sa filmographie presque essentiellement d'adaptations de jeu vidéos. Comment ne pas avoir de la sympathie pour une telle démarche. Eh bien, en fait, à la suite des adaptations de
House of the dead,
Alone in the dark et
Bloodrayne (pour ne citer que ceux là), le trublion s'est vu collé par les fans l'étiquette de pire metteur en scène connu. Je ne sais si la chose est justifiée, mais la violence des critiques et du public à son encontre est assez représentative de l'aura particulière que dégage le bonhomme. Livrant des oeuvres peu personnelles (de son aveu) et cherchant à faire de la maille avant tout, il trahis bien souvent, selon les fan boys, le matériau original et se satisfait de navets insipides. Il ira jusqu'à organiser un concours de boxe (il a fait 6 ans de cette discipline) avec les critiques, annonçant que s'il perdait il arrêterai de faire des films. L'histoire nous dit qu'après ses combats, il continuera à réaliser. Ses films m'ont toujours rebutés, la peur de la déception l'emportant. Et voilà qu'il décide d'adapter
Postal et, en phase avec le propos du jeu, il dira que cette fois, il a mis ses couilles sur la table et a livré un film dont il peux être fier. Voyons ça.
Postal. L'expression en elle même est déjà tout un programme. Postal, aux États-Unis, se dit d'une personne poussée à bout et désespérée qui décide de prendre les armes et de tirer au hasard (l'expression nous venant d'une période où de nombreux agents des Postes ont abattu froidement leur collègues). Le jeu PC (et surtout sa suite :
Postal 2, adaptée ici) très peu connu du grand public, n'ayant pas eu le droit à une distribution en magasin chez nous, et interdit dans de nombreux pays, a reçu le titre flatteur de jeu le plus violent et immoral que le monde vidéoludique ait connu, faisant passer GTA pour un épisode de
la petite maison dans la prairie. Ce jeu a pu malgré tout voir le jour grâce à la ténacité du studio de développement "Running with scissors" (tout un programme), totalement indépendant et complètement fou.
Postal 2, que votre intéressé a pu pratiquer, est un concentré de violence gratuite et de délires référentiels en masse (le seul jeu où l'on peut brûler vif des gens pour mieux les éteindre en pissant dessus, ou alors où l'on peut utiliser des chats comme silencieux en leur fourrant le canon où vous pensez). Si le jeu souffre aujourd'hui d'un moteur 3D bien faiblard déjà à sa sortie, ses délires psychotiques laissent un souvenir impérissable dans le coeur des joueurs l'ayant testé, moi y compris.
C'est dire si j'attendais au tournant le film. Il se devait d'être aussi immoral et politiquement incorrect que l'original. Uwe aux commandes, sa réputation le précédant, j'étais sceptique. Mais force est de constater que le pari est réussi ! Car
Postal n'est rien de moins que le film le plus politiquement incorrect qu'il m'ait été donné de voir, s'autorisant tout les excès, plus permissif (et plus drôle) que
South Park. L'accroche d'une des affiches américaines étant "Certaines comédies vont trop loin... et d'autres commencent par là !". Et je vous garantis qu'il n'y a pas d'arnaque sur la marchandise. Violence gratuite (très gratuite !), sexe, sujets très chauds (intégrisme religieux, le 9/11, le nazisme, les sectes, les handicapés, etc...), un zeste de scatophilie (mais toujours plus subtil que dans un film avec Eddie Murphy, rassurez vous)... tout y passe.
Et tout le monde se fait taper dessus : Georges Bush est tourné en ridicule, Ben Laden est magnifiquement drôle en leader paumé entouré d'incapables, les forces de l'ordre bien pire que les voyous qu'ils arrêtent, la société américaine dans son ensemble et dans son indifférence à la souffrance de l'autre est montrée du doigt. C'est souvent gratuit, mais il en résulte au final un dégagement de thématique intelligent, cynique, que même Michael Moore n'aurait osé. Le film, dans ses excès, nous présente une société corrompue, déjà perdue et désespérée dans l'abandon de toute morale et de tout amour. Dans une séquence magnifique (et vite tournée en dérision, avec musique tire-larme too much), le Postal Dude s'adresse à une foule haineuse pour les inciter à l'amour et au partage. La conclusion hilarante de cette scène représente bien le fond du problème. Et la scène finale du film (qui se permet un emprunt à
Casablanca, rien que ça), à elle seule vaut le visionnage pour bien comprendre l'état des lieux déprimant que fait Uwe de la société américaine (et de la société humaine à fortiori). Je comprend que le réalisateur ait annoncé avoir accouché d'un projet personnel tant la cohérence de l'ensemble dans son propos est implacable.
Mais tout ceci est bien caché derrière la grande force du film : son humour. Et là mes amis c'est vraiment le diable si vous ne riez pas devant ce film ! Complètement imprévisible et décérébré, se permettant tout les excès, Uwe Boll (qui a co-écrit le film) fait montre d'un humour hallucinant. C'est bien simple, le visionnage avec mon comparse Mike n'a eu d'égal en intensité de rires que
Dunyayi kurtaran adam. Le rythme des gags s'enchaîne très bien, l'ensemble baignant tantôt dans le gag de situation, dans la blague potache (et souvent politiquement incorrect, on aura compris), tantôt dans le surréalisme (avec le destin douloureux de Verne Troyer que je vous laisse découvrir... c'est à se pisser dessus). Certains gags référentiels sont assez horribles et particulièrement dans le parc à thème Allemand, où Uwe, jouant son propre rôle, se défend directement d'une attaque d'un critique qui disait qu'il finançait ses films avec l'argent des nazis (en répondant avec ironie : "Il faut bien que cet argent serve à quelque chose"... avant de se fritter avec le créateur du jeu, très second degrés, se plaignant que l'adaptation est une merde). Toute la scène tourne en dérision le nazisme, tel Cartman qui dans un épisode bien connu de
South Park se déguisait en Hitler... mais il se permet d'aller même encore plus loin (exemple : on peut voir une affiche "Concentration camp playground" où les enfants se ruent en poussant des cris de joie). Ca a l'air de mauvais goût présenté comme ça (et quelque part, ça l'est vraiment), mais dans le nihilisme latent du film, ces gags irrespectueux font impeccablement partie du décor, pour peu que vous ne soyez pas choqués facilement. A l'image de cette séquence d'introduction (disponible
ici avec les sous titres, pour avoir un avant goût) qui touche avec beaucoup d'humour les attaques du World Trade Center tout en ridiculisant les intégristes musulmans. Irresistible.
Mais au delà de ça, bien des personnes ont attaqué Uwe sur ses talents de réalisateur. Alors au delà de tout ce vacarme de rire et d'irrévérence, que dire de la mise en scène ? Est-ce un vrai scandale ? Je m'attendais, au vu du réal et du sujet, à un film peu ambitieux, sans grands moyens. Eh bien c'est surprenant, mais la mise en scène est très bonne. Principalement fonctionnelle, il y a tout de même des régalades, on ne peut se le cacher. Uwe aère beaucoup son échelle de plan, nous évitant les immondes dialogues en gros plan et champ/contre-champ que l'on peut voir dans 90% de la production cinématographique actuelle. Le tout est logistiquement très travaillé, avec des mouvements de camera pertinents et un sacré sens du rythme dans le montage. La photographie est superbe, ce qui ne gâche rien. Et certaines fois, le rire provient de la mise en place elle même (cette scène où des bimbos descendent une flopée d'islamiste, toujours sur le même mode, dans le même processus... quand le denier arrive, se fait tirer dessus, et en plan fixe... non je ne vous dis rien, il faut que vous voyez ça !). Sur ce point là, il n'y a rien à redire : le réalisateur a fait amende honorable et nous livre un film propre et très agréable à regarder. Et rien que ça, ça fait vraiment plaisir.
En conclusion, je me pencherai sur la controverse principale de ce pauvre réalisateur certainement incompris : l'adaptation. Et
Postal est très loin de ces oeuvres trahissant le jeu originel comme
Street Fighter ou
Mario Bros ont pu le faire de triste mémoire. Uwe utilise les outils et les amorces du jeu qu'il adapte. Entre les différents clins d'oeils (Verne Troyer, qui remplace Gary Coleman au pied levé, ou le lait périmé qui renvoie à une mission du jeu), et la fidélité totale (le décor de l'épicerie arabe avec sa fameuse arrière salle, ou le parc des caravanes) : il n'y a vraiment pas de quoi chipoter. Le film ne pouvait pas s'appeler autrement que
Postal. Et en y ajoutant Zach Ward, fabuleux et hilarant dans le rôle du Postal Dude, qui suit l'évolution logique de la violence et sera reconnaissable par les fans instantanément au moment magique où il met ses lunettes de soleil (raaaaah lovely !!!). Et c'est pour finir sur cette constatation que je vous ai amenés ici. Oubliez donc
Silent Hill. Mes amis, je vous présente
Postal : la meilleure adaptation d'un jeu vidéo au cinéma.
Avec "Abdul ! Abdul ! Ou il est ta ceinture ?" et autres répliques cultes en tête : Guile21