Critique de film : The dark knight de Christopher Nolan

Critique de film : The dark knight de Christopher Nolan
Je suis désolé, j'ai craqué. A l'origine chers amis je voulais me contenter d'un petit billet dans une critique facile, voire écrire un dithyrambe passionné sur le magnifique Wall-E... mais j'ai craqué. Ce soir je vais vous parler du dernier film de Cristopher Nolan et dernière adaptation en date de l'homme chauve-souris : The dark knight. Oui j'ai capitulé après une visite sur allociné. Que je vous explique : à la suite d'une soirée cinéma riche en émotions (Wall-E en étant le principal instigateur), le débat sur le sujet de The dark knight a fait "rage" si j'ose dire. Moi éternel déçu formel, Lorin temporisant la chose avec pragmatisme et Nikro agréablement surpris. C'est à la fin de ce débat que Nikro, dans une boutade passablement vexante, m'a comparé au personnage de critique culinaire de Ratatouille. "Bon, me dis-je, ai-je été trop dur ? Suis-je vraiment un aigri de la vie cinématographique avec laquelle je ne peux développer qu'un lien hermétique de spectateur fermé (quelle phrase, grands dieux !) ?". Je me suis dit que non, peut-être pas, puisque le soir même, Wall-E et ses élans de tendresse, qui ont gêné tant de personnes, ont su me faire fondre. Bien des films trouvent leur salut en mes yeux, et ce malgré d'évidentes imperfections : Bad boys 2, Banlieue 13, etc... Mais comme il est bon de savoir se remettre en question, j'en suis venu à réfléchir sur mon propre regard, qui n'est qu'un modeste regard parmi tant d'autres. Je n'ai jamais prétendu avoir la science infuse, ni une quelconque autorité en la matière, tout au plus des connaissances sur le "faisage de". Non, j'ai juste une conception du cinoche autant aléatoire et subjective que n'importe lequel d'entre nous. Alors j'ai cherché ma position face au film par le biais des critiques d'allociné (mhhhh...). Ce que j'ai pu y lire (comme bien souvent) m'a un peu énervé tout seul comme un con devant mon écran d'ordi (et ce autant dans les critiques positives que négatives). Alors par respect pour ceux qui ont adoré le film et pour ceux qui, espérant voir le Batman ultime, ont été déçus, j'ai décidé d'en finir avec cet abcès plus gênant que douloureux et vous livrer en toute sincérité et sans mauvaise foi, mon avis sur le dernier film de super-heros en date. Parce que malgré ce que j'ai pu en penser au moment où les lumières de la salle se sont rallumées, et comme on a pu le conclure dans la voiture avec Lorin et Nikro, il y a décidemment des choses à dire dessus.

Tandis que le jeune et sémillant Bruce Wayne cherche sa position dans sa lutte contre le crime en tant que justicier masqué, et en pleine crise existentielle vis-à-vis de la légitimité de rendre justice seul, le salut arrive par le biais du procureur Harvey Dent, en lice pour les élections au poste de sénateur. L'homme fait montre d'un sang froid dans sa lutte contre le crime et utilise avec justesse tout les aspects de la machine judiciaire. Batman, presque prêt à raccrocher le masque pour laisser un héros "légitime" prendre sa place, n'aspire finalement qu'à l'ordre retrouvé. Ce qui n'est pas du goût de tout le monde : un mystérieux criminel affectueusement nommé le Joker est bien décidé à semer le chaos dans la ville pour faire sortir la chauve-souris de son penthouse. Les ambitions de "justice propre" de Batman vont devoir être repoussées pour contrecarrer les projets du psychopathe peinturluré. Mais quels projets finalement ? ...

Peut-on parler de The dark knight sans parler de la mythologie Batman, des comics, des séries, des films, de la fidélité de l'adaptation ? La réponse est oui. C'est même nécessaire dans certains cas de figures, comme ici, car, de par sa volonté évidente de rénovation du mythe, Christopher Nolan et son équipe ont tranché dans des grandes lignes qui, au final, n'ont jamais été si bien délimitées. Alors je ne m'étendrai pas sur ce que doit être un vrai film de Batman, ni sur le costume, ni sur la Bat-cave, ni sur l'origine des gadgets, ni sur le maquillage du Joker, ni sur l'exploitation des personnages secondaires dans l'Histoire de Batman avec un grand H. On va parler d'un film en tant que tel. En film de super-heros, en blockbuster, en film brut, comme vous voudrez, mais "fuck" la franchise. Les fan boys peuvent d'ores et déjà passer à la salle suivante. Et bien sûr, au revoir la "sacro-sainte" cohérence, mais à la limite je vous avais déjà habitué à ça depuis un moment.

The dark night est un film riche thématiquement et plutôt bien ficelé dans cet optique. Pourrait-on s'ennuyer dans la surmultiplication artificielle de certaines intrigues ou certains personnages (qui pèsent assez lourd dans la balance des 2h30 de film), la cohérence thématique de l'ensemble ne faiblit pas. Toutes les interrogations de notre héros son mises en images dans les différentes séquences du film, qui a assez bien travaillé ses dialogues pour ne pas sombrer dans la redondance trop facilement. La présence de Harvey Dent très intéressante et bien exploitée en position de modèle malgré-lui, et les jeux de miroir entre le Joker et le Batman sont autant de morceaux de bravoures délectables (mais hélas trop rares au vu du reste du métrage). Cela va souvent plus loin que la simple relation manichéenne basique : il y a un peu de Batman dans le Joker et vice et versa. C'est autant une relation d'opposés clairs et nets que, de manière bien subtile, une symbiose entre deux êtres vivants dans le même monde, celui de l'ombre. La dualité entre le Joker et le Batman est le coeur du film et la chose est parfaitement exploitée.

S'ensuit une réflexion sur la place de la justice dans la société, et surtout son rapport aux libertés individuelles. Le film penche plutôt beaucoup à droite, mais les contrepoints sont là (l'utilisation du viol de la vie privée par le biais des portables est nécessaire en état de crise, mais doit être supprimée une fois l'état de crise passé...), et le tout sonne de manière un peu malsaine face à la politique américaine actuelle. Une justification des pleins pouvoirs un peu en trop, mais mes amis, c'est précisément la problématique toujours évitée dans tout les autres films de super-heros : qui sommes nous pour palier à la justice des hommes ? Et Batman s'interroge en premier lieu sur la légitimité de son existence et de ses actions. On ne peut pas non plus regretter que le sujet soit enfin mis sur le tapis.

Mais bon, si le script est plutôt bon (sans être exemplaire, on a pas réussi à faire disparaître certaines longueurs) et intéressant, ça reste le script. Et c'est en ça que je n'ai pas aimé ce film. The dark knight est un scénario avec des acteurs. Le film dans ses thématiques essentielles et son ambiance sérieuse ("why so serious ?" pourrait dire le joker) méritait une mise en scène avec un peu plus d'ampleur, voire d'ambition. Et là, le bât blesse fortement. Christopher Nolan raconte une histoire formidable avec des thématiques claires, mais quelle mise en scène poussive et fonctionnelle ! Je ne vais pas parler du montage tout de suite, car c'est vraiment ce qui m'a fâché avec le film, je le garde pour la fin. Commençons par les scènes d'action.

Ah les scènes d'action : mon pêché mignon. Capables de sauver du naufrage, à mes yeux, le plus gros navet (et je cite deux fois Banlieue 13 dans cette critique, applaudissements !). Quand une scène d'action est bien ficelée, propre, agréable, je peux fermer les yeux sur l'inanité d'un Matrix Revolution, sur l'abrutissement d'un China strike force. Mais ici, point de régalades. La photo est souvent mauvaise, trop sombre (et je sais que c'est le but recherché que de faire un film sombre, mais Underworld ne doit pas le ratage de ses scènes d'actions à un plateau mal éclairé par exemple, ce n'est pas incompatible une image sombre et une belle photo), ajoutons à cela le montage sans raccords logiques, la shaky-cam, les focales troubles (véridique !), on en arrive à une bouillabaisse sans queue ni tête d'où se détachent de temps en temps un évènement pour l'oeil attentif (et fatigué). Je parle surtout de la scène du tunnel, premier affrontement sérieux entre le Joker et Batman, ainsi que de la scène finale avec les "lunettes spéciale" du héros qui apportent plus le mal de crâne que la forme stylistique ultime du faux-semblant. Certaines séquences restent sympathiques (l'ouverture, dans la banque, surtout), mais les scènes les plus intéressantes sont jetées aux ordures du plan serré (la bagarre dans le penthouse... loué soit celui qui y comprend quelque chose). Bref, du point de vue de l'actionner, je préfère encore le parfois confus Spiderman 3 !

Et quel manque de tonalités dans le film. Presque rien n'est mis en valeur. Tout est filmé sur le même mode du début à la fin. On retrouve même des plans similaires dans des scènes d'intensités différentes (ce travelling circulaire ridicule sur le toit de la police, entre un Gordon et un Harvey Dent furieux et un Batman désacralisé par son immobilité plus gênante que monolithique... ce même travelling circulaire que l'on retrouve dans la scène entre le Joker et Rachel... et que l'on retrouve encore au moins une fois dans une scène de dialogue tellement intéressante que je l'ai oubliée). Quand le Joker fait son apparition, quand Bruce Wayne se plaint de son costume, quand on s'insurge dans un tribunal bondé, quand on met en joue un enfant, quand on pleure la mort de son mari,... tout est cadré, préparé sur le même mode. Sans trop dévoiler l'intrigue, quand l'annonce de l'identité de Batman est révélée à la presse, c'est filmé d'une manière tellement plate et sans impact que j'ai eu du mal à en croire mes yeux : c'est un coup de théâtre qui se joue, et Nolan le filme comme le petit dej' de Bruce Wayne. C'est bien simple : à part quelques effets de manches, la scène d'intro et les confrontations entre Batman et le Joker, aucune scène ne marque la mémoire, aucune séquence ne sort du lot. Le film met l'autopilote après la scène d'intro et garde la croisière sur, excusez moi du peu, 2h30 de métrage ! Alors oui le script est bon, mais il est traité avec si peu d'égards par son réalisateur, et est pris tellement au sérieux par ses thématiques, que je n'ai pu qu'être déçu.

Et on va parler du montage, le très gros point noir du film. Comment se compose une séquence et comment s'articule t'elle par rapport aux autres ? Une question que peu de gens se posent, et je vous avoue que je ne me la suis pas posée souvent dans ma vie de cinéphile. Mais ici, si je posais la question face à face avec le réalisateur, je serais ravi d'entendre une réponse de sa part. Car rien (à part des impératifs de studio très certainement) ne justifie le traitement honteux du montage dans ce film. Toutes les amorces de début et de fin des séquences semblent rognée pour faire tenir le film sur 2h30. Les cuts se font quasi unanimement sur le dernier mot du dialogue, parfois avant même que le personnage ait eu le temps de fermer la bouche. Le tout donne une fausse impression de vitesse (en fait, c'est plus une arythmie générale qui subsiste) et gâche bien des raccords. Quand Batman fait son saut dans le vide pour sauver quelqu'un (chut chut pas de marques !), la séquence se finit de manière abrupte 10 secondes après l'atterrissage sans aucune forme de procès. L'ensemble du film se voit comme un puzzle qui ne relie ses pièces uniquement sur leur place chronologique dans la narration. Hors de ça, les raccord sont tellement abrupts et peu pertinents que l'on pourrait très bien récupérer les séquences et les placer dans le désordre le plus total sans que cela ne change la vision générale du film (passage du jour et de la nuit, dialogues sans résonances de causalité, etc...). Ca en devient même ridicule lors d'un montage alterné, où l'on voit Batman dans un lieu sombre occupé à ses affaires, et Harvey Dent dans un lieu sombre occupé aux siennes (pas très glorieuses, pour bien situer la chose). Les deux personnages sont alternés de façon monotone, sans vraiment de justification, et, sans que rien ne l'annonce, Batman se retrouve dans le même lieu que Dent (l'ayant rejoint certainement). Comme le gros plan est de rigueur, on ne voit même pas les deux hommes dans le même cadre : ils pourraient tout aussi bien parler par télépathie, ça ne changerai rien à la mise en place. Sur le coup ça m'a trop surpris et sorti du film : je croyait sincèrement les deux hommes à deux points différents de la ville et, d'un coup, ils se parlent ! J'ai retenu un rire, croyez-moi.

Alors d'un point de vue formel, The dark knight est vraiment raté. Je suis sincèrement désolé de le dire. J'ai bien pris mon pied à plusieurs moments (surtout par la présence de l'inénarrable Joker campé par un Heath Ledger magnifique), et j'ai même adoré certaines idées (l'explosion de l'hôpital est une scène qui se doit de rester dans les annales, et le coup du "crayon magique" aussi est grand, ainsi que les scènes galvanisantes des Ferrys). Mais la censure de l'ensemble n'aidant rien (les coupes des scènes violentes en deviennent ostentatoires ! par exemple : pourquoi ce tir au fusil dans la face d'un policier à bout portant par le Joker... dans une séquence de 5 secondes à tout casser ?), je ne peux ressentir que le gâchis amer d'un film qui promettait beaucoup. Le chaos du Joker aurait dû contaminer autre chose que la mise en scène des courses poursuites. Un peu de folie manquante, trop de conventionnel, pas de surprises. Un scénario très sympa, des acteurs (enfin, un acteur) excellent(s), des axes de lecture riches... mais aussi passionnant qu'un scénario lu à haute voix. Pardonnez ma véhémence, mais il y a tant de personnes qui crient au génie face à ce film plus que moyen que je me sens obligé de crier ma déception un ton au dessus. Et tant pis si je passe pour le rabat-joie de Ratatouille à vos yeux, je n'ai tout simplement pas été comblé par ce film. On aurait pu rester sur des mots plus joyeux : puisque je vous dis que je voulais parler de Wall-E à la base. Maudit soit allociné, tiens !





Avec à l'esprit une moto quand même trop stylée : Guile21

# Posté le lundi 18 août 2008 22:52

Modifié le lundi 18 août 2008 23:08

Decidement, je me sens d'humeur poête...

Conasse d'étoile (titre provisoire ou non)


Née comme d'une erreur, fruit de la malchance,
Etoile scintillante, dis moi ce que tu pense,
Juge moi donc tel la bête qui en chaque homme sommeille
Et qui dans mes faiblesses en a forcé le reveil.

Tu me regarde seule juge, mais ta mire est trop douce,
Voyant avec amusement, telle l'herbe qui repousse
Suite à une coupe franche, les pulsions abjectes
Qui s'opèrent en moi, en reflux infects.

Pourquoi tant d'amour ? Quel en est le prix ?
Quelle valeur donne tu à ma tranquilité d'esprit ?
Etoile du firmament qui clignote, trop brillante,
Et qui me consume comme une douleur lancinante,

Maintenant que le mal est fait, moi défait,
Je me prosterne à tes pieds pour laver mes méfaits.
Tu ris, mais ne te moques pourtant du pauvre badaud,
Tu ris de bon coeur, me voyant à l'echaffaud.

Tu me regarde souriante, mon visage dur pour festin,
Et peut-être un peu fière d'avoir scéllé mon destin.
Et la corde se ressere, et le cou craque, se barre.
Inconsciente, tu regardes la chose, hilare.

Et quand les bras ballants, je repose de tout mon poids,
Tu change brusquement et ne ris plus cette fois.
Celui qui t'a suivi dans toutes les tempêtes,
Celui qui t'a aimé dans la douleur, dans la fête,

Vois donc l'exhibé, qui, lâche, a baissé les armes !
Que tes yeux pour une fois s'emplissent de larmes !
Que tu souhaite la mort et qu'elle ne vienne jamais !
Je ne te hais point, je t'ai juste trop aimée.

Mais tandis que vers le tombeau on emporte mon linceul,
Je souris à l'interieur car je ne suis plus seul.
La voute céleste nous separant a brûlé son voile,
Et nous voilà face à face, triste et cruelle étoile.

Je te serre dans mes bras, comme un aigle en ses serres
Peut-être pleurerais-je pour toi, si cela est necessaire.
Car tout comme toi, je garderai ce goût rance,
D'être mort d'une erreur, fruit de la malchance.





Avec autant de constelations que de consternations : Guile21

# Posté le mercredi 13 août 2008 23:43

Petite prose vite faite

Petite prose vite faite
Fermer - tout fermer à clef - clore le debat avant qu'il ne soit ouvert - fermer - se barricader - croiser les bras - ne pas regarder - detourner le regard - tourner la tête - et surtout - ne pas voir

Fermer - verouiller la porte - utiliser toute les chaines - cadenasser tel Houdini - mais ne pas vouloir se liberer - fermer les yeux - fermer son coeur - peur de quoi ? - de la douleur ?

Je veux tout fermer - abaisser mes volets - non, non, mes amis - mes frêres - ne pas deprimer - toujours s'exprimer - laisser sortir par un soupirail - laisser s'echapper entre les barreaux - ne pas souhaiter la mort - ne vous inquietez pas

Juste fermer - pas par peur - pas par tristesse - ni par lassitude - juste parce que c'est plus simple - plus facile de claquer la porte - que de l'ouvrir

Fermer par paresse - se fermer aux autres - mais ne pas rester seul - sauver les apparences - sauvons tous ces putains d'apparences - ont elles besoins d'être sauvées ? - meurent elles ?

Non je vous le répète - je ferme sans haine, ni trompettes - seulement voilà - juste parce qu'il est temps - parce que c'est l'heure - si vous avez absolument besoin d'une raison - il commence à se faire tard - alors laisser moi eteindre le bar - on ferme !




Avec une signature tardive : Guile21

# Posté le samedi 09 août 2008 21:23

Modifié le mercredi 13 août 2008 23:45

Critique de film : Le jour des morts vivants de Georges Romero

Critique de film : Le jour des morts vivants de Georges Romero
Ca s'est passé hier soir. Mon très cher ami Lorin, cinéphile devant l'éternel qui n'a plus a prouver sa dévotion après des commentaires très pertinents en réaction à ma critique virulente de Diary of the dead, est venu pour voir du film : c'était le but. Boire comme des trous en était la mission secondaire, mais cela ne nous regarde pas. Certainement las et déçu de réaliser qu'il ne pourrait redorer à mes yeux le dernier film de Romero, au moins se devait t'il de réhabiliter le maître dans mon coeur. Ca tombe bien, je n'avais pas vu Le jour des morts vivants qui est, de son propre aveu, son préféré de la saga. Accroché comme un perdu à mon chouchou Zombie, je me prépare un peu circonspect, voire même méfiant de manière complètement injustifiée, à la vision du machin. Ladite paranoïa étant due à une description galvaudée du film entendue à droite et à gauche, présentant la chose comme le pendant scientifique de la saga qui tente d'expliquer (beurk) le phénomène zombie. Peu réjouissant moi qui voue un culte aux films qui doivent leur réussite sur la conservation entière du mystère pour aller à l'essentiel de la narration (Cube, anyone ?). Bref, je me suis laissé tenter finalement par la promesse que ce film ci était le plus gore de la tril... quadri... non pentalogie des zombies. La chair est faible, je sais...

A force de sortir de leurs tombes à tort et à travers et de bouffer des gens sans considérations pour les règles élémentaires de l'art de la table, il fallait que ça arrive : les zombies ont finalement pris le pouvoir. Enfin, plutôt que de pouvoir, le plus juste serait de dire qu'ils ont transformé notre terre en no man's land infesté de mongoliens balafrés et gloutons. C'est dans ce contexte peu réjouissant, ainsi que dans un bunker, qu'un groupe de militaires et de scientifiques tentent tant bien que mal de trouver une raison de vivre. Le monde a changé, et la science reste peu être le dernier espoir de trouver, sinon un remède, une solution pour vivre mieux dans les décombres de l'apocalypse. Ou alors rester humains est-il le dernier espoir... mais celui-ci s'effrite de jours en jours sous la tyrannie d'un chef militaire autoproclamé maître de son royaume. Autant dire que c'est mal barré.

Alors, le pari de mon comparse a t'il été gagné ? Mes doutes sur le film étaient ils justifiés ? Si je vous dit que mon regard fut littéralement happé (hameçonné, harponné, camisolé, tout ce que vous voulez) par la scène d'introduction, vous avez un début de réponse. Si je vous dis que la chute malencontreuse d'un paquet de cacahuètes sur le sol à mi-parcours a dû attendre poliment la fin du film pour être prise en considération, vous avez le reste de la réponse. Et si je vous disait, juste comme ça dans le mouvement (for the lulz), que hier soir j'ai vu le meilleur film de Romero, et de très loin, alors oui effectivement, tout est clair. Je ne peux que remercier Lorin pour ce pur moment de cinoche.

Mais c'est bien beau de dire que le film est génial, autant le justifier puisque pour de nombreuses personnes, et dans le coeur de nombreux fans, ce film est souvent le moins reconnu. Mais j'insiste : Le jour des morts vivants est le film d'une maturité cinématographique et thématique qui aura perdu de son aura sur les deux suivant, j'ai nommé le vite fait sympatoche Land of the dead et l'ignoble Diary of the dead. Je ne vous referai pas ici la discussion que j'ai eu avec Lorin à propos de l'évolution de la saga et le rapport des thématiques dans la narration et dans la mise en scène, pour me concentrer sur le film en lui même (discussion à ma grande surprise très pertinente, rapport au taux d'alcool dans le sang... mais Emilie pourra en témoigner, même au dernier degré de la déchéance éthylique, je suis prêt à défendre comme il se doit un film comme The descent, par exemple). Alors justifions, justifions...

Tout d'abord, parlons des enjeux thématiques, magnifiquement disséminés dans un script intelligent et fascinant. Si Zombie était une critique de la société de consommation, Le jour des morts vivants est indéniablement un pamphlet anti-militariste, encore plus rentre dedans que le cruel The crazies, car plus pernicieux et chirurgical dans la déconstruction de tout les éléments qui composent le corps d'armée. J'ai d'autant mieux compris l'hommage de Dany Boyle avec son fabuleux 28 jours plus tard qu'il est un descendant direct de Le jour des morts vivants ("Hello ! anybody there ?", images de villes désertées, militaires sexués, catharsis violente, etc...). Mais le film de Romero va bien plus loin. La plus grande erreur des militaires, c'est d'être humains finalement. C'est en parfait misanthrope que Romero va chercher les aspects les plus noirs de notre nature et les déterrer dans un état de crise nihiliste. Les dérives scientifiques, les rapports de forces et la hiérarchisation qui se posent comme une critique du pouvoir politique aussi (fabuleuse scène de la réunion où un des personnages est sommé de regagner sa chaise sous peine de se faire tirer dessus, non pas par le chef lui-même, mais par un de ses hommes qui est lui même tenu en joue... vertigineux !), la mort de l'amour au profit d'une instrumentalisation du sexe pour la sauvegarde de l'espèce (en filigrane, certes, mais on ne peut fermer les yeux dessus), peur de l'étranger, etc... Le film est d'une richesse thématique impressionnante due principalement à un scénario, finalement, très logique. Et pas besoin de voix-off pour décrire l'horreur humaine (allez encore une petite pique à Diary of the dead), les personnages étant formidablement écrits et joués. Les zombies ne sont finalement qu'un prétexte, un background, pour sortir (avec les doigts) la substantifique m½lle (épinière) du métrage.

Et puisque l'on est dans la thématique, on va faire un petit arrêt vers la plus grande idée du film : Bub. Oh putain je l'adore lui ! J'ai jamais autant kiffé un zombie de ma vie ! Bub for président, please !!! Bon, on reprend sa contenance et on poursuit sans faire attention à ce débordement nécrophile. Bub est le zombie le plus intelligent et, surtout, le moins agressif de sa race. Il a d'autant plus d'importance que, dans la thématique du rapport au barbare (au sens étymologique du terme, c'est à dire celui que l'on ne comprend pas), de la peur de l'étranger, il a un nom. Il obtient, par le biais du docteur Frankenstein (surnom amusant, sachant que ce dernier ne sera pas la victime de sa créature), une identité, une existence. Toute la fascination ne vient pas des enjeux scientifiques de l'existence de Bub (présenté plus comme un monstre de foire, burlesque, dixit son utilisation hilarante du rasoir, que comme un outil de compréhension du phénomène), mais des enjeux éthiques quand à son existence. Il est le chaînon manquant entre les zombies ayant des réminiscences de leurs actions passées (Zombie) et les zombies instruits (Land of the dead). Et deux idées de génie (mais bordel de merde ! c'est du génie pur quoi !) autour de Bub parachèvent mon affection pour ce personnage fabuleux. La première, c'est d'en faire un ancien militaire. J'ai éructé des rires de joie incrédule quand, à la vue du chef militaire haineux, le "monstre" s'est redressé et a fait le salut militaire. Ce jeu de miroir aussi jouissif que riche en conclusions de tout ordre m'a soufflé sur place. Et la deuxième idée, la plus couillue de tout le métrage, en parfait équilibriste entre la justification de thèmes forts et le burlesque (toujours finement amené) de l'entreprise, c'est quand Bub, le mort-vivant, prend conscience du cycle de la vie et de la mort dans une scène qui devient presque touchante. Et le sentiment de vengeance qui lui vient au final, amenant une catharsis extrême que le Michael Bay des Bad boys ne renierai pas. C'est bien simple, j'étais littéralement en train de pousser des cris de joie devant le spectacle total se présentant à moi (tempérés par l'heure tardive m'obligeant à la discrétion pour le sommeil de mes pairs). J'en pouvais plus quoi !

Et puisqu'on parle de Michael Bay, enchaînons sur la mise en scène (et vous venez d'assister à la transition la moins pertinente de l'histoire de la critique mesdames et messieurs). Je parlais plus haut de maturité cinématographique. Oui, d'un point de vue plastique, ce film est irréprochable. Echelle de plans respectée et aérée, spatialisation impeccable, raccords gourmands, plans magnifiques (je ne me suis toujours pas remis de cette scène d'intro) et très très bien cadrés (au point que, je l'ai souligné lors du visionnage à mister Lorin, cela devient évident de constater que le format de la copie que l'on a pu voir n'a pas été respecté, la droite et la gauche du cadre étant rognés... merci à celui qui pourra me fournir une version au format d'origine d'ailleurs), photo impeccable dans tout les domaines (lumière naturelle, artificielle blafarde et pénombre). C'est un régal de tout les instants pour les yeux, ajoutons à cela le détail pour vous (et pour moi ça veut dire beaucoup) : les effets gores sont extrêmement réussis, en plus d'être nombreux. Ma critique est déjà longue (désolé, c'est pas encore fini), mais si je me lâchais vraiment il faudrait que je vous parle en détail de la mise en place, de la narration, des personnages formidables et des nombreuses régalades bourrées de second degrés qui (miracle) n'éventent pas le nihilisme et le drame ambiant (la palme revenant à la scène du monte-charge qui m'a fait autant rire de bon coeur que jubiler d'extase). Pour la joie du cinéphile mathématique qui est en moi, c'était un sans faute. Et même plus !

Oui plus, parce que au delà de la mise en scène pour la narration et les thématiques transparaît de manière évidente le petit plus qui transforme le film de zombie en film essentiel dans la filmo de Romero : la perte des repères spatio-temporels. C'est vraiment la chose qui m'a le plus fasciné. Dès le premier plan du film, le rêve de Sarah (personnage central) la voit face à un calendrier dans une mise en scène inquiétante. Tout ce que l'on saura de la temporalité du film se trouve dans cette scène (et la scène finale, mise en écho à celle-ci, faisant de ce film, comme si ça ne suffisait pas, un film "carré"). Le calendrier montre le mois d'octobre, et tous les jours sont barrés. Mais ce qui surprend (sur le coup ça m'a choqué, et tant mieux au vu de la suite), c'est l'absence des numéros de jours. Les jours ne sont que des cases vides et impersonnelles. Pas d'année, le mois d'octobre correspond uniquement avec l'écho qu'il fait dans la scène finale (où cette fois le calendrier montre le mois de Novembre, et les numéros de jour apparaissent). Tout le film oscille littéralement sur ses bases temporelles : le chef militaire tente d'ordonner la chose par un rendez-vous à 19 heures précise, mais cet horaire ne sera pas respecté par un des personnage, celui là même qui pose la question au chef "Si vous partez, où irez vous ?". Ce personnage a très bien assimilé la perte des repères temporels comme nihilisme collant parfaitement à la situation. Quand un délai précis lui est demandé, il parle d'une semaine, avant de se faire corriger par Sarah qui précise qu'il pourrait se passer un mois ou un an, ce a quoi ce personnage laisse entendre que le temps n'a pas d'importance. Et les repères spatiaux aussi sont brouillés en compartimentant et en séparant (à l'aide des ellipses souvent) les différents endroits du bunker (un tombeau de 22km, désarticulé par sa taille et son rapport au peu d'habitants qui l'occupent). Romero en arrive souvent jusqu'à faire vaciller la réalité même des choses en faisant intervenir des scènes de cauchemar troublantes par le biais de l'héroïne, toujours placées dans la continuité du montage avant de faire (par un réveil brutal) irruption dans le réel. Malgré leur violence racoleuse (mais cela fait partie du jeu aussi), ces séquences hautement graphiques ne sont jamais gratuites et utilisées avec parcimonie. Ce qui nous amène à cette fin fabuleuse et déroutante sur laquelle je ne m'étendrai pas pour vous en laisser la surprise. Mais à savoir que l'ellipse très risquée de Romero lors de cette scène se retrouve parfaitement en phase avec le reste du film, l'irruption dans le réel nous ramenant au fameux calendrier qui en dit bien plus long que n'importe quelle voix off (oui, désolé, comme un Yorkshire, j'ai du mal à lâcher le mollet de Diary of the dead).

Dire que Le jour des morts vivants a réhabilité ce cher Georges à mes yeux est un euphémisme. C'est une claque monstrueuse et un pied d'enfer que j'ai pris à la vision de ce moment de cinéma énervé et intelligent. Cela me conforte aussi dans l'idée que Romero en avait déjà bien assez dit sur la nature humaine pour nous éviter l'affliction de la fin bancale de Diary of the dead qui lui n'en sortira que plus minable à mes yeux (en plus, cette idée amusante de la demi tête de zombie encore vivante ayant déjà été utilisée dans... talala... Le jour des morts vivants, tiens ! C'est fou, non ?). Alors je ne me noierai pas dans la bave de mon amertume plus longtemps mais je vais plutôt profiter de l'opportunité qui m'a été offerte dans mon plaisir filmique : rester sur une victoire. Merci sir Georges Romero, j'ai à nouveau confiance en toi. Vivement ton prochain film qu'on mette un peu tout ça à plat. En attendant ce jour, je pense que je me rematterai ce jour des morts vivants encore une petite dizaine de fois, des étoiles pleins les yeux et un bon steak saignant dans l'assiette.





Avec du cerveau, des tripes et des couilles : Guile21

# Posté le vendredi 25 juillet 2008 14:12

Modifié le vendredi 25 juillet 2008 17:30

BEN YA DES PANNEAUX !

BEN YA DES PANNEAUX !
Ca manque de panneaux en ce moment. Le temps libre me permettant beaucoup de visionnages de films mon blog ressemble de plus en plus à un blog focalisé sur le cinema. Alors avant de vous donner ma prochaine (longue... pfff) critique, on va aerer les esprit par une petite image sympa. Héhé ! Et comme je me fous pas de votre gueule, c'est un tout recent et particulièrement hilarant néon etein que je vous offre.





Avec l'Eole des esprits : Guile21

# Posté le vendredi 25 juillet 2008 13:54